Dans notre dernière note [Cartographies de risques : de Sapin II à la CSRD et au Devoir de vigilance, comment préserver l’ERM face au piège des silos ?], nous évoquions le risque de voir l’ERM relégué au rang d’un dispositif parmi d’autres, noyé dans la multiplication des cartographies imposées par Sapin II, la CSRD ou le Devoir de vigilance, pour ne citer que ces exemples. Nous proposions de réaffirmer l’ERM comme couche agrégative, chaque exercice préservant ses spécificités au niveau strictement requis, plutôt que comme silo supplémentaire.
Reste une question pratique : par quoi commencer ? Une piste concrète consiste à faire porter cette agrégation par un objet unique — un univers des risques commun, base de données partagée par l’ensemble des exercices — plutôt que par la seule volonté de mieux coordonner des comités.
Du principe à l’outil
Un univers commun fait reposer les différentes disciplines d’évaluation & pilotage de risque sur la même bibliothèque de risques plutôt que sur des bases isolées. Chaque risque est décrit une fois, puis tagué selon les référentiels concernés — un risque de corruption d’un agent commercial reste pertinent pour Sapin II et pour le pilier gouvernance de la CSRD, sans être dédoublé.
Ce principe n’a rien d’exotique : les guides GRC récents en font systématiquement le socle documentaire d’un dispositif intégré, permettant de faire remonter des risques hétérogènes (stratégiques, opérationnels, cyber, conformité) dans un cadre de lecture unique.
Ce qu’un socle commun rend possible
Où en sont les pratiques ?
Du côté des pratiques, que ce soit pour les collectivités ou les entreprises, on observe généralement que les exercices restent cloisonnés. Deux secteurs, un même symptôme : chaque nouvel enjeu génère son propre exercice plutôt que d’enrichir un socle commun.
Il est vrai que les autorités demandent des exercices dédiés, notamment sur les thématiques de conformité (Sapin II/ probité, Devoir de Vigilance). Le propos de partir d’un univers commun, pour ensuite séparer les analyses qui doivent l’être, rencontre encore peu d’écho, même si les risk managers cherchent tout de même des solutions en ce sens.
Signal en sens inverse côté outils, mais un signal seulement : plusieurs éditeurs GRC repositionnent leur offre autour d’une source unique de données de risque plutôt qu’un module par référentiel. L’outillage cesse d’être un obstacle technique — la gouvernance, elle, reste à trancher.
Les limites à anticiper
L’univers de risques commun ne remplace pas la réflexion méthodologique sur la convergence des cartographies : il lui donne un support. Il suppose un choix de gouvernance en amont — pour la gestion de ce socle commun, et d’accepter que « commun » ne veuille pas dire « uniforme ». À ces conditions, l’outil devient enfin ce que l’ERM cherchait à être : la vision consolidée au service de la décision.

Fanny DREYFOUS-DUCAS | Directrice