Depuis sa création il y a un peu plus de 15 ans, Arengi est régulièrement -et de manière croissante depuis 2020 et la crise Covid- sollicitée sur la thématique des « PCA », ou Plans de Continuité d’Activité. Ces parcours clients suivent peu ou prou une séquence similaire qui illustre le cheminement des organisations d’une vision procédurale et documentaire (le fameux PCA dont il faut se doter) à une approche plus managériale et systématique (gestion de la continuité & résilience).
La demande est généralement formulée comme suit : “nous sommes une société de x personnes dans tel secteur et souhaitons mettre en place un PCA”. Le motif avancé a généralement trait :
S’ensuit un échange sur la nature concrète de la demande. Une entreprise dans sa globalité ne saurait faire l’objet d’un PCA – quel périmètre doit-on dès lors viser ? Assez rapidement, la discussion s’élargit ; partant d’une démarche procédurale, i.e. la rédaction d’un document décrivant un mode opératoire pour rétablir et maintenir une activité en mode dégradé puis la faire revenir à un niveau nominal (le ou plutôt les PCA), la question se pose désormais de déterminer les parties de l’organisation devant être couvertes (processus et / ou moyens), selon quels démarche ou critères, et par qui. De PCA, le sujet de l’échange s’élargit à la « GCA » – Gestion de Continuité des Activités, acronyme nettement moins connu, ou BCM (Business Continuity Management) soit -précisément- une démarche de management.
A ressources et temps contraints se pose invariablement la question du choix des activités ou processus devant faire l’objet de dispositions visant à les rétablir et/ou maintenir. Ce choix, que l’on voit difficilement positionné ailleurs qu’au niveau exécutif, est informé à titre principal par un ensemble d’études généralement regroupées sous le terme « d‘analyse d’impact des interruptions d’activités », ou « BIA » (Business Impact Analysis), dont la définition peut varier. On retiendra quelle que soit la forme de l’exercice six étapes principales :
Une fois l’étude produite, les enjeux de continuité doivent être globalement connus et articulés :
Il devient possible de choisir ses batailles parmi les scenarii remontés, dont quelques-uns feront l’objet d’un traitement.
La question se pose désormais quant à la nature de ce traitement. Le chemin parcouru lors de l’analyse d’impact aura permis de faire réaliser que tout n’est pas « sécurisable » au sens défini plus avant. Tout ne se réglera pas non plus par un PCA qui par définition n’intervient qu’une fois l’événement interruptif survenu. Certains cas s’envisageront surtout en prévention : faire en sorte que le moyen ou la ressource (et le ou les processus en dépendant) résiste au choc et ne « tombe » pas. A ce titre, il n’est pas rare de remettre en question des organisations ou modes opérationnels considérés comme non robustes.
C’est à partir de ce stade que la démarche de « PCA », devenue « GCA », s’étend de nouveau pour toucher la résilience, soit la capacité d’une organisation à « encaisser » un choc, s’adapter et rebondir. A un certain stade de ce cheminement pourront ainsi survenir des réflexions d’ordre plus structurel. La recherche d’efficience, impérative pour des organisations évoluant sous contrainte de ressources et dans un environnement compétitif, peut conduire à créer sinon des points de défaillance unique, du moins des vulnérabilités (des illustrations sont assez faciles à trouver, par exemple en informatique, logistique, achats pour ne citer que ces cas…). Un raisonnement en résilience pourra amener à considérer un rééquilibrage entre efficience et résilience, impliquant de (très sélectivement) désoptimiser pour gagner en robustesse. Dans certaines industries, cette réflexion a d’ores et déjà débuté, quoique plutôt déclenchée par des contraintes croissantes d’ordre géopolitique liées notamment aux « guerres commerciales » opposant Etats-Unis et Chine.
Au-delà ces cas, la volatilité et l’imprévisibilité croissante de l’environnement naturel, politique, réglementaire et économique dans lequel évoluent les entreprises va probablement rendre ce type de raisonnement de moins en moins théorique. Et les PCA ne constitueront qu’une (toute) petite partie de la réponse.

Benoît Bougnoux
Associé, co-fondateur